Noel LECHAT
1. Un diagnostic anxiogène qui prépare une transformation brutale
La note part d’un postulat très fort, le « risque potentiellement existentiel » concernant Sopra Steria. Ce vocabulaire n’est pas neutre. Il sert traditionnellement à justifier des réorganisations profondes, à imposer des gains de productivité, à préparer des restructurations d’emplois et à faire accepter une intensification du travail.
Pour la CGT, cette rhétorique du « pas le choix » masque des choix stratégiques : priorisation de la rentabilité, alignement sur les modèles des hyperscalers, financiarisation des offres.
2. Programme rAIse : derrière l’IA, une industrialisation du travail intellectuel
Le texte affiche rien moins que 4 500 licences Copilot, le déploiement « industriel » de l’IA et le leadership de « l’IA responsable »
Socialement, cet affichage est lourd de conséquence. Que l’on en juge.
Un risque avéré de déqualification avec une standardisation du code et du conseil, une perte d’autonomie professionnelle et une transformation des ingénieur·es en « opérateurs d’outils IA »
Une Pression sur l’emploi qui se traduit par une productivité accrue avec moins d’effectifs nécessaires, une externalisation facilitée et un renforcement du modèle offshore/X-shore
Une surveillance et contrôle qui se renforce. Pour se faire veut mettre en place des outils IA pour tracer les tâches, une mesure fine de la productivité individuelle et un management algorithmique déguisé
Une accélération du transfert de valeur. Les salarié·es alimentent les modèles IA alors que le capital capte la connaissance produite
3. Les 4 piliers idéologiques du projet
Ce projet à 5 ans s’articule autour de 4 piliers dont le seul objectif est de valoriser encore un peu plus le capital au détriment du travail.
| Concept | Notre traduction |
|---|---|
| Être Experte | Faire porter la responsabilité sur les salarié·es |
| Être Hybride (Buy/Make) | Externaliser et précariser |
| IA by Design | Substituer l’outil au métier |
| Être à la pointe | Course permanente aux compétences |
C’est pourquoi on ne trouvera aucune référence à l’amélioration des conditions de travail, à la réduction du temps de travail et à la sécurisation des parcours professionnels.
4. Analyse des 6 chantiers prioritaires
- Accélérateurs d’offres. C’est une logique purement commerciale ou la mutualisation des assets doit être assimilé à une centralisation qui se traduit par la suppression de postes locaux. Et ce avec un alignement sur les modèles des concurrents low cost
- Innovation et investissements. L’objectif est d’avoir une gouvernance financière de l’innovation avec une absence totale des représentant·es du personnel. Les équipes n’ont aucun droit sur les brevets/solutions
- Transformation des compétences (reskilling). Ce point est central et plutôt inquiétant. En effet les salarié·es deviennent officiellement une variable d’ajustement avec un fort risque de tri entre « employables IA » et les autres. Dans ce cadre la Formation orientée besoins court terme du marché sans aucune garantie de reconnaissance salariale.
- Management techno-compatible. Cela passe par le renforcement du pilotage par indicateurs, la transformation des managers en relais de la productivité IA et une pression accrue sur chefs de projet et P&L
- Image technologique / attractivité. Ce texte est volontairement aveugle sur les salaires insuffisants, la charge de travail, le sens du travail et le turn-over massif.
- Industrialisation du delivery. C’est e cœur du danger. Elle articule la généralisation du X-shore, la taylorisation du développement, l’intégration de l’IA pour augmenter cadences, et des « messages de gains de productivité » pour accentuer les pressions commerciales.
5. Les grands absents du document.
Il faut un certain nombre d’item absent du document. Et ce n’est pas un hasard : l’emploi, les conditions de travail, la santé (RPS, surcharge cognitive liée à l’IA), les salaires et partage de la valeur, l’impact écologique réel et la protection des données des salarié·es
6. Notre conclusion
Ce projet n’est pas seulement technologique. C’est un projet de transformation sociale du travail chez Sopra Steria. En effet sous couvert d’« ESN du futur », il prépare une réduction du coût du travail qualifié, une industrialisation du conseil, un transfert massif de savoirs vers les plateformes, une mise en concurrence mondiale des salarié·es.






