2400 licenciements chez Capgemini : notre analyse

Une restructuration présentée comme « inévitable », mais politiquement construite.
Capgemini annonce la suppression possible de jusqu’à 2 400 postes en France, soit 6 à 7 % des effectifs, sous couvert de reclassements internes et de départs volontaires. Pour la CGT, cette présentation masque la réalité d’un plan social déguisé, conforme à une stratégie désormais classique dans les grandes ESN : éviter le terme de licenciement tout en organisant une réduction massive des effectifs.

Le recours à la rupture conventionnelle collective (RCC), même « volontaire », s’inscrit dans une logique de désengagement social de l’employeur, transférant la responsabilité des suppressions d’emplois sur les salariés eux-mêmes.

L’argument de l’IA : un écran de fumée idéologique
La direction invoque « l’accélération des mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle ». Cet argument relève davantage de la rhétorique managériale que d’une démonstration étayée. En effet aucun chiffre précis n’est avancé sur les gains de productivité réels liés à l’IA, aucun élément concret ne permet de mesurer l’impact effectif de l’IA sur la suppression ou la transformation des tâches. L’IA est présentée comme une fatalité
technologique, alors qu’elle est avant tout un choix stratégique, orienté par la recherche de marges et de rentabilité.

Rappelons que la technologie n’est jamais neutre : elle peut être un outil d’émancipation si elle est mise au service de l’emploi et de la réduction du temps de travail, ou au contraire un levier de compression des coûts salariaux.

Le ralentissement de l’activité : réel mais instrumentalisé
Les chiffres montrent effectivement un recul de l’activité en France :
-5 % au premier semestre 2025.
-4,7 % au troisième trimestre.

C’est une baisse marquée dans l’industrie et l’automobile. Cependant, ce ralentissement ne justifie pas une telle casse sociale. En effet le contexte sectoriel est contrasté mais non sinistré.
Numeum anticipe un retour progressif à la croissance dès 2026. Capgemini reste un groupe mondialement solide, leader du classement ESN/ICT, avec un chiffre d’affaires conséquent et des capacités d’investissement importantes, notamment dans l’IA. Les difficultés conjoncturelles sont portées principalement par les salariés, alors que les choix stratégiques (délocalisations, sous-traitance offshore, pression sur les TJM, acquisitions) relèvent de la seule responsabilité de la direction.


Une stratégie de gestion de l’emploi par l’usure
Depuis plusieurs années, les grandes ESN, dont Capgemini, ont recours à des pratiques que la CGT dénonce régulièrement. C’est le cas des intercontrats prolongés vécus comme une mise au placard, des pressions à la mobilité géographique ou fonctionnelle, de la dévalorisation de certains métiers jugés « non stratégiques », de l’externalisation et délocalisation croissante des activités.
Dans ce contexte, le « volontariat » est souvent contraint, notamment pour les salariés seniors, ceux dont les compétences sont jugées moins rentables à court terme, ou ceux épuisés par la dégradation des conditions de travail.

Reconversion et formation : des promesses à vérifier
La direction met en avant des « métiers d’avenir » et des « parcours certifiants ». Il faut rester extrêmement vigilante. Quelle réalité des moyens alloués à la formation ?
Quelles garanties sur le maintien de la rémunération et du statut ? Quid des salariés qui ne peuvent ou ne
souhaitent pas se reconvertir vers l’IA ou le cloud ? Quelle reconnaissance des compétences existantes ?
Sans garanties fermes, ces promesses risquent de n’être qu’un habillage social d’un plan de réduction d’effectifs.

Une question centrale : responsabilité sociale vs logique financière
Ce plan social intervient alors que Capgemini continue de réaliser des acquisitions stratégiques, maintient une rentabilité globale élevée et se positionne comme acteur clé de la transformation numérique.
Cela pose une question fondamentale : À qui doit profiter la transition numérique ?
Aux actionnaires et aux marges ? Ou aux salariés qui créent la valeur et portent les transformations ?

Nos exigences et lignes rouges
Il faut notamment revendiquer :

  • Zéro suppression d’emploi
  • Un droit réel à la formation choisie, sur le temps de travail
  • Des garanties écrites sur les reclassements, salaires et carrières
  • Une transparence totale sur les choix stratégiques (offshore, sous-traitance, IA)
  • L’ouverture d’un débat sur le partage des gains de productivité et la réduction du temps de travail

Zéro suppression d’emploi

  • Un droit réel à la formation choisie, sur le temps de travail
  • Des garanties écrites sur les reclassements, salaires et carrières
  • Une transparence totale sur les choix stratégiques (offshore, sous-traitance, IA)
  • L’ouverture d’un débat sur le partage des gains de productivité et la réduction du temps de travail

En guise de conclusion
La situation chez Capgemini illustre une tension structurelle dans les grandes ESN : utiliser la transition numérique comme levier de transformation sociale positive, ou comme prétexte à une politique de réduction de l’emploi. L’IA et la transformation technologique ne doivent pas servir de justification à une casse sociale organisée, mais être mises au service de l’emploi, des qualifications et du progrès social.

Sevran le 24 janvier 2026

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