CRH JUILLET 2026

Depuis plusieurs mois, la CGT a alertĂ© la direction en la mettant en  garde contre un possible mouvement de grève si un changement de cap ne se mettait pas rapidement en Ĺ“uvre. Après des mois de silence, après un CRH 2026 qui a laissĂ© 71 % des salariĂ©s sans augmentation, le taux le plus faible depuis des annĂ©es, la direction vient de confirmer qu’un CRH ciblĂ© aura bien lieu en juillet 2026. C’est une avancĂ©e. Mais avant de crier victoire, regardons-la de près.

Ce que la direction annonce : « Un CRH ciblĂ©, pour les collaborateurs N1 et N2 productifs, ayant moins de 5 ans d’expĂ©rience, n’ayant pas bĂ©nĂ©ficiĂ© d’augmentation lors des derniers CRH. »

Concrètement, seront concernés les jeunes embauchés dont les profils sont recherchés sur le marché, c’est-à-dire ceux qui avaient commencé à envisager des opportunités ailleurs. Et encore : uniquement ceux dont la contribution globale est jugée « solide », voire, dans une moindre mesure « à consolider », selon des critères qui demeurent à ce jour encore flous. Et pour cause : le nombre exact de bénéficiaires n’est pas encore connu, et le risque d’un nouveau saupoudrage est bien réel.

Sont en revanche explicitement exclus de ce dispositif :

→  Les salariĂ©s N3 et au-delĂ   mĂŞme lorsqu’ils n’ont reçu aucune augmentation depuis trois ans ou plus

→  Les salariĂ©s ayant plus de cinq ans d’expĂ©rience  quelle que soit leur situation

→  Les fonctions support, administratives et non-productives  considĂ©rĂ©es comme moins prioritaires par la direction

→  Les 1 432 personnes sans augmentation depuis plus de trois ans  pourtant les cas les plus urgents

Rappel du mois dernier : 191,8 M€ ont Ă©tĂ© consacrĂ©s aux rachats d’actions (150 M€ annulĂ©s entre fin 2024 et dĂ©but 2025, auxquels s’ajoutent 40 M€ votĂ©s le 29 avril et 1,8 M€ de taxe). Avec ces sommes, il aurait Ă©tĂ© possible de verser plus de 3 000 € Ă  chaque salarié·e. La direction a prĂ©fĂ©rĂ© renforcer le contrĂ´le de la famille Pasquier sur le capital.
29,3 %des salariĂ©s augmentĂ©s en 2026 contre 64 % en 202471 %sans rien cette annĂ©e le CRH le plus faible depuis des annĂ©es140 €mĂ©diane d’augmentation figĂ©e depuis deux ans918 €/maugmentation moyenne des 58 DHG soit un Ă©cart de Ă—5,5 avec la mĂ©diane

Dans le cadre de l’information-consultation sur la stratĂ©gie, le CSEE a mandatĂ© un cabinet d’experts indĂ©pendant (Sextant) pour analyser les orientations de l’entreprise. Ce rapport vient d’ĂŞtre prĂ©sentĂ© en CSE. Ce que la direction appelle une « transformation nĂ©cessaire » est, dans les faits, un transfert de risques sur les salariĂ©s — sans contreparties.

Comme d’habitude, la Direction minimise les risques identifiĂ©s par les experts. La CGT sera particulièrement vigilante pour qu’aucun salariĂ© ne soit oubliĂ©.

Le rapport pointe une transformation profonde du marchĂ© des ESN sous l’effet de l’IA : pression sur les tarifs, remise en cause des modèles de facturation en rĂ©gie ou au forfait, dĂ©placement de la valeur vers les hyperscalers. Le risque de dĂ©sintermĂ©diation de Sopra Steria sur certaines activitĂ©s standardisables est rĂ©el.

Le changement de Direction gĂ©nĂ©rale, combinĂ© aux incertitudes sur l’actionnariat Ă  long terme, conduit le cabinet Sextant Ă  qualifier la situation de « pĂ©riode d’incertitude stratĂ©gique ». La question qui se pose est simple : qui supportera le coĂ»t de cette incertitude ? Certainement pas les actionnaires.

Les objectifs 2030 sont atteignables selon les experts. La croissance France repart plus fortement que chez les concurrents. Mais l’amĂ©lioration des performances a eu lieu, avec d’importants impacts sociaux : rĂ©duction de l’emploi, modĂ©ration salariale.

+18,3 %bĂ©nĂ©fice net 2025 — 297 M€~9,8 %objectif marge EBITDA 202698 %du bĂ©nĂ©fice 2024 captĂ© par les actionnaires1,19 %taux d’aug. moyen 2026 vs 2,97 % en 2024

Le rapport nous indique que la part des effectifs offshore pourrait ĂŞtre portĂ©e de 16 % Ă  20 %, ce qui reprĂ©sente plus de 4 000 personnes travaillant depuis l’Inde, l’Espagne ou la Pologne. Or aucun plan dĂ©taillĂ© n’a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© au CSEE : ni les gĂ©ographies concernĂ©es, ni les compĂ©tences visĂ©es, ni les activitĂ©s susceptibles d’ĂŞtre transfĂ©rĂ©es, ni les impacts sur l’emploi en France. Ce que la direction prĂ©sente comme un « levier de rentabilitĂ© », c’est pour les salariĂ©s une limitation des recrutements en France et une pression Ă  la baisse sur les salaires.

Les outils internes CĂ©dric et MaĂŻa gĂ©nèrent dĂ©jĂ  +12,5 % de gains de productivitĂ© en 2025, avec un objectif fixĂ© Ă  +16 % pour 2026. Ces gains sont dĂ©jĂ  intĂ©grĂ©s dans les budgets et dans les objectifs individuels, alors que l’adoption reste limitĂ©e et que les outils ne produisent pas encore pleinement leurs effets. RĂ©sultat : des objectifs inatteignables, une surcharge invisible, une pression constante.

+12,5 %gains productivité IA 2025 objectif : +16 % en 2026-40 %réduction tarifaire max exigée par certains clients30–35 %des salariés concernés par les outils IA en interne0 €redistribution aux salariés des gains de productivité IA

Les impacts RH liĂ©s Ă  l’IA « restent insuffisamment identifiĂ©s ». Emplois menacĂ©s, mĂ©tiers en dĂ©clin (dĂ©veloppeurs, testeurs, chefs de projet) : la direction n’a pas de rĂ©ponse.

SRES affiche une profitabilitĂ© en nette amĂ©lioration pour 2025. Mais le rapport d’expertise est explicite sur l’origine de cette performance : elle repose sur une rĂ©duction drastique des effectifs engagĂ©e depuis 2021. Plusieurs indicateurs sociaux traduisent une dĂ©gradation du ressenti des salariĂ©s, et la direction reconnaĂ®t elle-mĂŞme l’existence de « rĂ©ticences internes » face Ă  la transformation en cours. La CGT demande qu’une enquĂŞte sur les risques psychosociaux soit conduite avec les reprĂ©sentants du personnel, et non par la direction seule.

Les prix du carburant pèsent chaque mois un peu plus sur le budget des salariĂ©s qui se dĂ©placent pour venir travailler. Face Ă  cette situation, la direction n’a proposĂ© qu’une troisième journĂ©e de tĂ©lĂ©travail mise en place de façon progressive, et uniquement hors ĂŽle-de-France, sous rĂ©serve de l’accord du management. C’est nettement insuffisant. La lĂ©gislation permet pourtant Ă  l’employeur de prendre en charge tout ou partie des frais de carburant engagĂ©s par les salariĂ©s pour leurs trajets domicile-travail, sous forme d’une prime carburant. La CGT exige que cette prime soit mise en place pour l’ensemble des salariĂ©s concernĂ©s, et que l’indemnitĂ© de tĂ©lĂ©travail soit revalorisĂ©e.

1. Extension du CRH de juillet Ă  tous les salariĂ©s Les 1 432 personnes qui n’ont reçu aucune augmentation depuis plus de trois ans ne peuvent pas attendre un cycle de plus. Ce CRH doit les concerner.

2. Transparence totale sur la stratĂ©gie X-Shore La direction doit prĂ©senter au CSEE un plan dĂ©taillĂ© prĂ©cisant les gĂ©ographies concernĂ©es, les compĂ©tences visĂ©es, les activitĂ©s transfĂ©rĂ©es et les impacts sur l’emploi en France.

3. Redistribution des gains de productivitĂ© liĂ©s Ă  l’IA Tout gain gĂ©nĂ©rĂ© par les outils d’intelligence artificielle doit se traduire par un partage de valeur concret : augmentations, rĂ©duction du temps de travail ou maintien des emplois.

4. EnquĂŞte sur les risques psychosociaux chez SRES Cette enquĂŞte doit ĂŞtre conduite avec les reprĂ©sentants du personnel et dĂ©boucher sur un plan d’actions contraignant pour la direction.

5. Mise en place d’une prime carburant et revalorisation de l’indemnitĂ© tĂ©lĂ©travail Pour tous les salariĂ©s qui engagent des frais de dĂ©placement domicile-travail, sans condition de localisation gĂ©ographique.

6. PrĂ©sentation de la stratĂ©gie du nouveau Directeur GĂ©nĂ©ral Les salariĂ©s ont le droit de connaĂ®tre la vision du nouveau DG pour la France : dĂ©clinaison opĂ©rationnelle, gouvernance et perspectives sur l’actionnariat.

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